le Chanteur

Publié le par myosotis

Souvent l’amour est si mal présenté que, lorsque nous avons tout essayé et tout vendu pour l’acheter, nous réalisons avec larmes que tout ce que nous avions a disparu et qu’il n’y a rien dans l’emballage…
Pourtant un homme a su nous parler du véritable amour, mais cet homme a été méprisé et mis à mort…
Mais aujourd’hui Il vit encore, à cause de la puissance de Son amour !
Et aujourd’hui encore Il parcourt la terre, nos villes et nos maisons pour offrir Sa mélodie, Son chant d’amour à ceux qui sauront le reconnaître… 
 
Il rencontra une femme dans la rue.
Elle s’appuyait dans l’embrasure d’une porte
Et chantait, les lèvres entrouvertes,
Un chant qu’il pouvait à peine entendre.
Il savait que son amitié était à louer.
Elle était sans aucun doute l’image du désir.
Ses cheveux tombaient librement sur ses épaules.
Et la provocation jouait sur ses lèvres.
 
« Es-tu fiancé ? » demanda-t-elle.
 
« Non, seulement aimé, » répondit-il.
 
« Est-ce que tu payes pour l’amour ? »
 
« Non mais je lui dois tout. »
 
« Tu es seul. Puis-je te vendre juste une heure d’amitié ? »
 
Sourd à sa proposition déguisée, il dit :
« Parle-moi du chant que tu chantais
Lorsque je me suis approché. Où l’as-tu appris ? »
 
Sa question la troubla. Elle dit enfin : 
« La première nuit où je me suis vendue,
Je l’ai appris d’un homme grand et impressionnant. »
 
« Et jouait-il d’une flûte d’argent ? »
demanda le Chanteur.
 
Elle parut surprise.
« Connais-tu l’homme qui m’acheta en premier ? »
 
« Oui. Il n’y pas longtemps, en fait,
 Il fit de son mieux pour m’enseigner ce chant. »
 
« Je ne peux pas comprendre.
Je vends l’amitié et toi, tu vends ta mélodie.
Pourquoi voulait-il nous enseigner à tous les deux
Exactement la même chanson ? »
 
Le Chanteur eu pitié d’elle.
Il savait que le Haïsseur du Monde
Avait l’art de faire croire
À chacune de ses victimes
Qu’elle était la seule personne à pouvoir chanter son chant. 
 
« Il n’a qu’un seul chant ;
C’est pourquoi il l’enseigne à chacun.
C’est un chant de haine. »
 
« Non, c’est un chant d’amour.
La première nuit qu’il me tint contre lui,
Il me le chanta tendrement
Et me posséda toute entière alors qu’il me chantait l’amour. »
 
« L’as-tu revu depuis ? »
 
« Non, pas lui, mais une succession ininterrompue
D’hommes ayant ses désirs. »
 
« Alors cela n’avait rien d’un chant d’amour.
Dis-moi, ne t’a-t-il pas dit aussi qu’un jour,
En marchandant ton âme, tu trouverais un homme
Qui ne laisserait pas simplement ton dû sur l’étagère
Mais te prendrait plutôt chez lui pour s’occuper de toi et te chérir ? »
 
Une fois de plus elle parut surprise,
« Ce furent exactement ses paroles –
Comment peux-tu les connaître ? »
 
« As-tu trouvé celui qu’il t’a promis ? »
 
« Pas encore. »
 
« Et depuis combien de temps fais-tu le trafic de l’amitié ? »
 
« Une vingtaine d’années se sont écoulées
Depuis que j’ai appris le chant dont tu t’enquiers. »
 
Le Chanteur eut un vif élan de pitié.
« Nous nous donnons parfois à la haine déguisée,
En n’y voyant que de l’amour.
Et toute notre vie nous chantons le chant
Que nous avons cru être le bon.
La Vallées des Condamnés est pleine de chanteurs
Qui pensaient connaître un chant d’amour. »
 
Il entonna la mélodie si vitale
Aux hommes mourant autour de lui.
« Au commencement était le chant d’amour... »
 
Elle écouta et sut que, pour la première fois,
Elle entendait tout l’amour qui fût.
Ses yeux étaient noyés de larmes lorsqu’il eut terminé.
Elle sanglota, sanglota de honte.
« Pardonne-moi,  Mon Dieu,
Car je suis pleine de péchés et dégénérée...
À force de chanter les mauvaises paroles
Pendant tant de tristes années... »
 
La Chanteur toucha son épaule
Et lui parla de la joie qui lui était réservée,
Si elle pouvait apprendre la musique qu’il avait chantée.
 
Il la laissa dans la rue et s’en alla ;
Et tandis qu’il s’éloignait,
Il l’entendit chanter son nouveau chant.
Lorsqu’il se retourna pour lui faire signe une dernière fois,
Il la vit dire non de la tête à un acheteur d’amitié.
Elle ne voulait pas de son argent.
 
Et comme il ne se trouvait pas loin,
Le Chanteur l’entendit utiliser ses propres paroles.
 
« Es-tu fiancé ? » demanda l’acheteur.
 
« Non, seulement aimée, » répondit-elle.
 
« Est-ce que tu payes pour l’amour ? »
 
« Non, mais je lui dois tout. »
 
(Extrait d’une allégorie De Calvin Miller : L e Chanteur)
 
 
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